Il était revenu du boulot ronchon. Avec un mal de tête et des vertiges. Comme c'est pas trop son genre de se plaindre ni d'être malade, j'ai joué à l'infirmière. Ca m'a plu 5 minutes.

J'ai fini par lui dire que ça allait passer. Le lendemain, toute la journée, il s'est plaint de sa tête et de ses vertiges. Je me suis dit qu'il avait un vrai truc. Au fil de la journée, je me suis dit que c'était bizarre ses vertiges. J'aimais pas trop ça.

Alors je suis allée sur un site où, en fonction de tes symptômes, il te dit quoi faire ou ce que ça peut être. Je savais que "Migraine" allait sortir. Je voulais le rassurer. Je lui ai posé les 2-3 questions de l'examen en ligne pour savoir s'il voyait des tâches, s'il avait de la température Bon il a pas voulu se mettre le thermomètre dans les fesses #précieux, s'il avait eu un choc à la tête, toussa-toussa quoi !

_John_Gribben_

Le diagnostic est tombé : au lieu de "Migraine, prenez un Doliprane", j'ai vu  :  "Hémorragie méningée, appelez le 112". OMG.

"Alors qu'est-ce que j'ai ?"

"Euh... Trois fois rien, ça va ! Vas te coucher !"

Quand il s'est couché, j'ai tapé dans Google "Hémorragie méningée", et j'ai lu ça :

"L'hémorragie méningée se caractérise par de violents maux de tête (céphalées), des vomissements et une perte de connaissance lente ou rapide qui peut conduire au coma, voire à la mort."

Alors je ne sais pas si c'était fait pour me rassurer en tout cas, chez moi, c'était plutôt la panique totale - même si on sait tous que ça n'est pas fiable à 300% mais je me suis dit que je venais peut-être de laisser Nico (Duvauchel) s'endormir tout en sachant qu'il ne se réveillerait pas. Tu imagines bien que je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit ! Toutes les heures, je vérifiais s'il respirait bien. J'ai même, à un moment donné, pré-enregistré le 112 dans mon tél au lieu du raccourci pour appeler ma mère - sorry Maman - faudra que je pense à le rechanger d'ailleurs sinon ça va me faire bizarre la prochaine fois que je l'appellerai pour lui demander comment on fait pour cuire des artichauts. Je me suis demandée toute la nuit si je ne ferais pas mieux de le réveiller pour lui dire qu'il fallait qu'on aille aux urgences pour son hémorragie mais j'avais peur qu'il panique. Vers 4h30, j'ai envoyé un sms à mon pote urgentiste pas DU TOUT alarmiste :

"Scuse moi de te réveiller en pleine nuit, à moins que tu ne travailles auquel cas, ce sera un divertissement entre les bagarres nocturnes et le mec qui s'est dit "Tiens, si je me mettais un chandelier dans le cul ?", mais je ne suis pas tranquille. Nico a une hémorragie méningée, tu crois que ça vaut le coup que je vienne aux urgences ?"

Il n'a jamais répondu ! Font chier ces gens qui dorment la nuit !

Alors je me suis mise à imaginer qu'il serait mort au réveil, que ce serait ma faute, que j'aurais dû écouter le site des symptômes. Je me suis demandée ce que j'allais faire de ma vie sans lui. J'allais être veuve avant même d'être mariée. Que je ne retrouverais plus personne qui me tende TOUS LES JOURS le peignoir à la sortie de la douche et que ça prendrait un temps fou de reformer quelqu'un à l'assaisonnement parfait des pâtes. Avec qui j'allais finir la liste des voyages entamée ? Avec qui j'allais faire des micro-nico et des micro-paula ? J'ai paniqué, j'ai pleuré, j'ai vérifié s'il respirait, je pleurais toujours, je me suis mouchée, j'ai essayé de dormir sur le dos, le ventre, à gauche, à droite ces-soirées-là.

Quand mon réveil a sonné, je me suis précipitée au chevet de Nico  je me suis tournée en fait pour voir s'il n'était pas en détresse respiratoire et s'il était toujours conscient. Je l'ai secoué dans tous les sens il a dû apprécié son réveil. J'ai eu le droit à un "Hmmfgghmm !".  Mince ! Il ne parle plus !

"Paulaaaaa, laisse-moi dormir !"

Pfiiiou, j'ai eu chaud ! Alors je l'ai privé de travail parce qu'il avait encore une sale mine et lui ai ordonné mais genre ordonné-ordonné d'aller voir un médecin dans la journée - et pas uniquement parce que j'avais envie de faire l'amour, hein ! - quoique...Toutes les heures, je lui ai envoyé un message pour savoir s'il n'était pas encore mort s'il allait bien. J'étais aussi préoccupée que le jour où j'ai passé mon permis où j'attendais de savoir s'il y avait encore les bottines coup de coeur chez Minelli.

Quand je suis rentrée le soir, il pétait le feu ! Il avait vu le médecin, qui lui a dit qu'il venait de vivre sa toute première migraine. Félicitations, Monsieur ! Il était rassuré, moi aussi. Je me suis jurée ne plus m'inquiéter autant ! Enfin bon, cette nuit, je vérifierais quand même qu'il nous fasse pas une hémorragie méningée. ON NE SAIT JAMAIS !

*Photo John Gribben