Parfois, on a de sacrées idées à la con dans la vie ! C'est parti d'un pari entre potes : les potes de Dylan (Mc Kay) se sont chauffés pour faire le trail de Lille. Le seul qui ne courait pas a dit :

"Bon bah Paula, on ira à l'arrivée les ecourager".

C'était sans compter sur les ambitions de Dylan à mon sujet :

"Ah mais Paula, elle court, elle va le faire aussi !"

Ah bon. Ok. Bon. Bah voilà. Entre nous, j'étais pas très très inquiète : fallait encore qu'ils s'inscrivent et, connaissant les zouzous, je me suis dit que ça serait easy qu'ils oublient. Manque de pot ! Ils n'ont pas oublié. Et j'ai été inscrite en moins de 2.

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Quand j'ai voulu exprimer mes doutes à Dylan quant à la difficulté de l'épreuve, du mot "trail" et de ma capacité physique oui, j'en ai qu'une seule, de mes bourrelinounets, de mon anémie toussa-toussa, il n'a rien voulu entendre et était pleinement confiant quant à mes performances et a juré qu'il serait fier de moi itou-itou. Sauf que moi, ça m'a mis une pression de dingue.

Dylan, pris dans un élan de sur-motivation je vous jure, parfois, il est fatigant m'a concocté un programme d'entraînement sur 6 semaines. Siiixxx looonnngggueeess semaines à faire 3 sorties par semaine à bosser sur le cardio, le temps, les montées... Il n'a eu AUCUNE pitié pour moi. Et moi j'ai fait une progression inversée : j'ai commencé fort et plus le temps avançait, je faisais de moins bons entrainements. Pas de quoi me rassurer pour la course.

Persuadée que mes mauvais résultats étaient liés à mon état de santé, je suis allée voir mon médecin pour qu'elle me fasse une dispense de sport au lieu de quoi elle m'a fait un certificat médical spécifiant que "Paula Smack était en pleine forme pour particper au trail de Lille. Même avec ses règles. Même avec son anémie." Pute. Si on ne peut même plus compter sur le corps médical...

Toute la semaine du trail a été horrible. La pression montait de plus en plus, les incertitudes avec. Mes dernières sorties ont été lamentables à cause du souffle. C'était tout bonnement impossible d'aller au bout du trail : je n'arrivais plus à courir la moitié de la distance du trail sur du plat alors imaginez le jour J.... Je vous aoue que je n'ai pris strictement AUCUN plaisir à ces dernières sorties contrairement à d'habitude où c'est presque orgasmique - naaann j'déconne !

En plus des derniers entraînements, j'ai été alimentairement parlant fliquée. Dylan contrôlait tous mes apport, surtout ceux en sucres lents. C'est tellement plaisant à 28 ans d'avoir l'impression de vivre avec sa mère !

Autour de moi, les gens étaient tous emballées quand je leur disais que le vendredi suivant, de nuit, j'allais courir 10 bornes sur des bosses, des talus, de la terre, de l'herbe, de l'eau... Alors que je n'attendais qu'une chose : qu'ils me disent que je n'y arriverais jamais, qu'il ne fallait pas que je le fasse. Cela aurait été simple : j'aurais dit "OK." et je n'y serais pas allée.

Inutule de vous dire que, le vendredi arrivant, j'ai eu le ventre noué toute la journée. Et puis voilà, nous sommes partis en courant - sinon, s'pa drôle sur la ligne de départ avec nos petites baskets et notre petit dossard. Toute la route, je me suis dit que j'étais bête de m'infliger ça mais là, à part me faire une entorse sur la route ça n'a pas marché, je ne pouvais plus reculer.

Quand le pétard annonçant le départ a retenti, j'étais prête à en chier. Dylan et sa clique son partis en trombe, me laissant, en même pas 200 m, loin derrière. Personnellement, je préfère courir seule  avec moi-même et tous les gens dans ma tête qui discutent en même temps.

Les deux premiers kilomètres ont été terribles. J'avais chaud/froid, pas de souffle c'est normal avec l'anémie et la première montée m'a confirmé que je n'étais pas venue ici pour enculer des mouches ! Toutes les voix dans ma tête s'affolaient si bien que j'ai cru que je n'aurais jamais le mental pour finir la course. Finalement, j'ai essayé de me détendre, d'oublier que j'étais en train de courir. J'ai franchi les obstacles un à un, les bosses, les côtes que je faisais en marchant à l'entraînement, j'ai plongé mes pieds dans la boue, les racines des arbres et les champs. Ma basket s'est enlisée dans la boue à un moment donné, elle m'a regardé et m'a dit  "Continue, continue sans moi, je m'en sortirai...". Que nenni, c'était toutes ensemble qu'on franchirait la ligne d'arrivée, je me suis donc lancée dans un sauvetage perilleux et odorant.

C'est quand même vachement impressionnant de courir de nuit, simplement à la lueur d'une frontale. Ma cheville s'est d'ailleurs fait une ou deux frayeurs sur le parcours racine surprise ! Au bout d'un certain temps indéterminé, j'ai réalisé que je courais seule mais genre très seule, j'avais plus aucun concurrent autour de moi. Les très bons coureurs étaient devant, les mauvais étaient derrière et, moi, je suis là, alone, à galoper dans les champs. Si je ne voyais pas quelques frontales s'agiter au loin, j'aurais pu croire que je m'étais gourue de chemin, j'aurais paniqué, je serais décédée. Oui, j'ai une légère tendance à l'exagération. Je suis passée dans des coins aïe-aïe-aïe : je n'aurais pas aimé y être seule en dehors de la course mais je me suis entêtée à me dire que ce n'était pas le moment d'avoir peur, je devais continuer à courir. D'ailleurs, vous remarquerez, mon esprit la magie de la course officielle ne me disait plus que j'allais échouer. Mes jambes couraient toutes seules et ma tête en appréciait presque la promenade. Dès que j'étais face à une difficulté, je pensais aux encouragements de Dylan. Ca peut paraître cuc mais je vous assure que ça me faisait continuer.

"Je serais tellement fier de toi si tu passais la ligne d'arrivée !"

Je courais, je courais, mais sans appli, sans montre et sans aucune indication du kilométrage sur le parcours, c'est difficile de savoir où on en est. Dans ma tête, il s'était écoulé au moins 3h30. Du coup, j'avais 2 possibilités : soit j'avais couru à peine 2 kilomètres auquel cas, c'était och-la-patate pour moi parce que ça voulait dire que je devais fournir encore 5 fois ce que je venais de vivre, soit on avait bientôt fini et, dans ce cas, je pouvais être fière de moi d'être encore à ce point en forme. J'ai fini par être rattrapée par un coureur avec son appli de course en marche que j'ai interpelé. 8 kilomètres. Il ne restait que 2 kilomètres. C'est pas vrai ! J'y suis bientôt ! Je vais y arriver ! Rien qu'à y penser, je me suis mise à avoir les larmes aux yeux. J'ai dû me reprendre parce qui dit larmes, dit sanglots, dit perte de souffle, dit morve au nez, dit pas de mouchoir. Vous voyez où je veux en venir ?

Mes jambes ont commencé à accéler toutes seules et mon esprit n'avait plus qu'un but : finir au plus vite cette course à vive allure. J'ai failli re-pleurer quand j'ai doublé un mec. Bon OK il marchait ... à cause d'une entorse... mais... je l'ai doublé quand même, non ?

Et puis, j'ai vu la ligne. Au lieu de re-re-pleurer, j'ai décidé de donner tout ce que j'avais. Qui sait... Dylan serait peut-être sur la ligne d'arrivée en train de m'attendre. Il fallait que je sois au TOP ! La ligne s'est rapprochée. Je l'ai franchie. En courant. Sans m'être arrêtée de tout le parcours. Dylan était au bout. Il était fier. Pas autant que moi. J'ai réussi. Ca m'apprendra à ne pas avoir confiance en moi !

Au final, moi qui pensais aller au bagne, j'ai adoré l'expérience et me suis encore plus amusée que si on avait couru 10 bornes sur du plat. Je suis regonflée à bloc. J'ai retiré une sacrée leçon de cette expérience. Et même si c'est loin d'être le trail le plus difficile, cela m'a donné envie d'en essayer d'autres. Et qui sait, je pleurerais sans doute l'année prochaine sur le 15 km !

*Photo Kristina Kashtanova