Bien avant que tout le monde se mette à parler misophonie hantise d'un bruit - en l'occurrence des bruits de bouche, je vous en parlais ici ayant moi même souffert de ce mal pendant très longtemps. Je vous expliquais alors que la misophonie était une vraie maladie, peu connue et dont on ne connaît ni les causes, ni les façons de l'enrayer. Elle provoque en nous des accès de violence en entendant des bruits de bouche. On se sent comme agressés et on ne peut plus rien maîtriser. C'est aussi une maladie mal vécue par l'entourage qui ne conçoit pas le problème. C'est une maladie qui peut vite vous mettre à l'écart et rend le quotidien invivable.

Aleksandra_Kingo_

L'épreuve du chewing-gum est éprouvante pour un misophone

Aujourd'hui, j'ai décidé de faire un point sur ma hantise des bruits de bouche qui virait à l'obsession car vous devez savoir une chose : depuis l'écriture de ce billet le 28 avril 2013, il est resté le billet le plus lu sur mon blog. OKKKKKK, donc quand je vous parle ragnagnas, bouffe ou voyages, vous vous en trifouillez l'escalope mais vas-y que je te commente quand tu parles de bruits de bouche. J'ai même été contactée par des journalistes suite à ce billet. Oui, oui ! Le mal du siècle, je vous dis ! Cela aura au moins eu l'intérêt de voir que j'étais loin d'être la seule à en souffrir. Vous avez été nombreux à me demander où j'en étais, si je m'en étais sortie comme si j'allais y passer, comment. J'ai lu beaucoup de détresse et de désespoir dans vos commentaires alors je me suis dit que vous faire un billet qui vous assure que OUI, LA MISOPHONIE, C'EST FINI, ça pouvait éventuellement vous parler.

J'ai commencé à être misophone lors de mon adolescence. Les médecins se penchant sur la misophonie disent que c'est souvent à ce moment là que ça commence. Cela a très vite été très problématique avec ma famille. Je ne supportais plus personne et les repas se déroulaient tous dans une tension hors norme. Bref sans revenir sur les détails, c'était une période de ma vie où j'étais quelqu'un de très angoissé, qui organisait tout, planifiait tout. Peu de place au laisser aller ou à l'improvisation dans ma vie de l'époque. Il me fallait un cadre, une structure. Tout ce qui en sortait, m'effrayait, me déroutait.

En devenant adulte, ça aussi m'empêchait de vivre correctement. Je voyais bien que, malgré que je sois très entourée, ce n'étais pas normal d'être à ce point psychorigide de l'emploi du temps. J'ai fait un travail sur moi. En fait, j'ai ouvert les yeux en faisant les tests psycho techniques lors d'un bilan de compétences où on va chercher des choses en vous. On m'a parlé de moi avec une exactitude effrayante. Ca été dur à avaler ce jour là mais j'ai fait un grand pas. C'est loin d'être évident de mettre le doigt sur un problème. Ca l'est encore moins quand on essaye de gommer le fameux problème. Sans méthode particulière, en m'écoutant, en m'ouvrant, j'ai fait attention, j'ai lâché du lest, j'ai pris du temps pour souffler, j'ai arrêté de tout noter, de tout planifier sans cesse. Et j'ai vu qu'on pouvait prendre du plaisir à vivre comme ça aussi. Ne nous voilons pas la face : 1) ça ne s'est pas fait en 3 jours, 2) je suis encore quelqu'un d'organisé. Mais je vis plus simplement.

PAULA, MAIS QUEL RAPPORT AVEC LA MISOPHONIE, BORDEL ? oui, parce que je ne suis plus misophone, mais je suis toujours aussi vulgaire.

J'y viens.... Patience...

Dépuis que j'ai lâché du lest et aussi avec une grande envie que la situation change, les choses coulent, les choses ont commencé à aller mieux naturellement. Misophonie compris. En lâchant du lest, je focusais si, ça existe ! moins sur les bruits de bouche et, avec le temps, je n'avais plus cette obsession de la mastication. Aujourd'hui, je ne dirais pas que les bruits de bouche ne me font plus rien. Il y a encore quelques situations de fatigue, par exemple ou quelques personnes que je n'arrive pas à entendre manger. MAIS, aujourd'hui c'est vivable. Je respire et je peux parler, rire, partager à table sans souci. Dans tous les cas, je ne me sens plus complètement tendue lorsque cela se produit et avec des accès de violence. Et ça c'est la plus grosse victoire à mon sens.

La misophonie aura duré 10 ans en gros pour moi. Et ouais bébé ! Pour vous dire, je viens à peine de dire à John Smith que je souffrais de misophonie avant alors que nous sommes ensemble depuis 1 an et demi et il n'avait jamais remarqué. Aujourd'hui, apprendre à "souffler" dans la vie, m'a ouvert beaucoup de portes : je ne souffre plus de misophonie, j'ai commencé à faire des longs voyages, j'ai fait de belles rencontres....

Je n'ai pas la prétention de dire que je détiens la clé de la misophonie. Ce qui a marché pour moi ne marchera peut-être pas avec un autre. Le problème de fond n'est peut-être pas le même et puis, selon moi, il faut un déclic, un évènement qui vous dit "Allez maintenant, ça ne peut plus durer ! On s'y met !". Cela passera peut-être par d'autres actions pour vous : aller voir un psychologue, se mettre au yoga, partir vivre loin... Toutefois, si j'ai un conseil à vous donner si vous souffrez de misophonie, c'est que vous verrez, en vous détendant, en lâchant prise, on y porte moins attention et tout finit par rentrer dans l'ordre.

*Photo Aleksandra Kingo