Après tout ce qu'il se passe, on le dit tous qu'on n'a pas peur, qu'on va pas se laisser faire, qu'on va continuer à vivre, à sortir, à boire des coups en terrasse. Je suis la première à le faire. N'empêche...

J'ai une sacrée frousse qui ne me quitte pas depuis mi novembre.

« Spring In New York City » - Darcy Rogers2

J'ai toujours un pincement au coeur quand je pense à toutes les victimes. Je suis toujours inquiète pour mes proches. Et pas que les Parisiens. Chaque soir, en rentrant, j'ai envie de jouer à Mamie Inquiète, les appeler un par un, savoir s'ils sont bien rentrés du boulot, s'il n'y a pas eu de souci, de leur dire de bien rester chez eux ou de ne pas me dire s'ils sortent et de leur dire que je les aime. Un peu. Ca m'aurait presque rendue fleur bleue ct'affaire !

Tu imagines bien à quel point c'est inutile/ridicule/même pas imaginable de faire ça. Mais ça me démange.

Et toutes ces rumeurs que l'on reçoit en permanence par sms : "Le frère de la boulangère de ma soeur connaît un type qui travaille avec les terrorristes et il m'a fait savoir en personne qu'ils allaient attaquer ta ville. Evite absolument de sortir. Tremble comme une feuille. Ne sors pas. Reste chez toi. Dans la cave de préférence. Laisse ta porte grande ouverte aussi !"

Je sais bien que ce sont des rumeurs. N'empêche... Dès que je sors. J'ai peur. J'ai peur dans le centre commercial. J'ai peur dans la rue. J'ai peur dans le bus que je ne prends jamais. Je ne suis jamais tranquille. Je fais des cauchemards avec des attentats partout. Parfois, j'y suis. Parfois, je n'y suis pas, je suis bloquée, juste spectatrice et impuissante.

J'ai peur que ça recommence. Qu'on nous vole à nous tous les Français, tous les Belges, tous les gens, notre insouciance, notre sentiment de liberté, notre bon vouloir. Et puis, c'est encore sur toutes les bouches. Difficile d'avoir une conversation avec quelqu'un sans qu'on en parle. Que ce soit au boulot, en soirée, à la bibliothèque où je ne vais jamais. L'autre jour encore, un de mes contacts Facebook publiait l'interview de je-ne-sais-plus-qui qui affirmait que le pire par rapport aux attentats était encore devant nous, que c'était loin d'être fini. Comprenez qu'on vient de vivre un centième de ce qui nous attend. J'ai chialé ma race. Ok, je n'avais qu'à pas lire.

En même temps, depuis ce 13 novembre, je suis moi même scotchée à l'actualité. Je lis les news. Je regarde des reportages angoissants avec des voix-off inquiètes. J'écoute des témoignages des gens qui y étaient. Je vais allumer des bougies à République. Parfois, je me surprends à être dans la lune et à penser très fort à tout ce qui se passe. Je guette la moindre info pour savoir si le terrorriste en chasse a été arrêté/tué. J'arrive pas à faire autrement. Certains pensent que c'est maso mais d'un autre côté, j'ai l'impression d'en avoir besoin. Pourtant, ça me détruit.

« Spring In New York City » - Darcy Rogers3

J'ai juste envie de taper du pied, que tout rentre dans l'ordre et que tous les Français aillent à la campagne en même temps, chanter main dans la main "Colchiques dans les près, fleurissent, fleurissent..."

Ouais, c'est puérile. Mais c'est pas une vie, la peur. Je me demande combien de temps ça va durer. Si on va connaître des acalmies. Avoir du répit. Et même s'il y a une solution à tout ça.

Alors oui, il faut continuer à vivre, oui si jamais, on est au mauvais endroit au mauvais moment et bah voilà que dire de plus ? Oui, faut montrer que ça ne ne tue pas la France. N'empêche... J'ai la frousse. Je suis pétrifiée. J'ai des envies hyper régressives depuis le 13 novembre. J'ai envie de désouffler une bonne grosse quinzaine de bougies de mes gâteaux d'anniversaire, histoire d'être encore enfant, de me sentir loin de tout ça, de me sentir protégée.

Voilà, il y a des moments, je reste sous la couette, dans ses bras à regarder des vidéos stupides de chats qui ont peur d'un concombre. Ca change pas le monde mais ça apaise et ça fait penser à autre chose avant de mettre le nez dehors.

Il y a beaucoup de "je" dans mon article. J'avais juste envie de parler de cette peur qui m'est propre. Comme je la vis. J'avais juste envie de vous demander comment vous, vous vous sentez...

*Photos Spring in New York City de Darcy Rogers