J-2 : C’est bon. J’ai le dossard.

Purée ! Ca devient sérieux là.

J-1 :Waouh ! La vache, le parcours ! C’est une sacrée boucle tout de même ! C’est long en fait 10 kilomètres.

Ils font chier tous ces gens à me demander en combien de temps je vais le courir. Si j’arrive au bout déjà, ce sera bien… Ce serait trop la loose d’abandonner en cours de route. Ou de marcher.

Imagine, tu arrives à le faire en moins d’une heure.

Et si je disais que j’avais perdu mon dossard ?

Ce serait ‘achement cool si je me tordais une cheville aujourd’hui ! Tiens, je vais mettre des talons et aller marcher dans les pavés du vieux Lille !

(nb : j’ai survécu aux pavés du vieux Lille)

Bon, ce soir, je mange des pâtes. Et je me couche à 21h. Bon, 21h30.

H-2 : J’ai pas dormi de la nuit, j’ai le bide en vrac, vivement midi ! Que tout ça soit fini !

J’aiiiii passsss ennnnnviiiieee d’yyyy allllerrrrr !

Tu peux me dire pourquoi j’ai mis que j’étais au taquet pour la course sur Facebook ? Tout le monde m’encourage, je ne peux pas démissionner.

Je me suis connue plus courageuse.

H-1 : Purée, il n’est pas autocollant le dossard ?

Mince, j’ai pas d’épingles à nourrice !

Top départ : Allez cocotte ! Donne tout !

Kilomètre 1 : EAAASSSSYYYY !

Kilomètre 2 : Quelqu’un peut me dire POURQUOI je me suis inscrite déjà ?

Kilomètre 3 :Ca y est ! Premier coup de mou.

Et tous ces gens qui essayent de doubler ! Comment font-ils ?

Tiens, lui, il a fait un malaise dans le fossé. Je l’accompagne ?

Non allez, je vais aller encore un peu plus loin…

Kilomètre 4 : Ravitaillement ! YEESSSSS ! Tiens, je vais prendre un quartier d’orange et un verre d’eau. Mais je ne m’arrête pas ! Sinon, je ne repars pas !

Purée ! J’ai bu le verre d’eau par le nez. Ca m’apprendra à faire la maligne !

Kilomètre 5 : Elle est vachement plus longue que ce que je pensais, cette rue !

Tu crois que tous ces gens qui nous encouragent sont fiers de moi ? Tu crois qu’ils nous admirent de tenir bon ?

Et dire que mes parents n’ont même pas fait le déplacement pour m’encourager !

Kilomètre 6 : J’ai envie d’une bière.

Kilomètre 7 : Ca sentirait pas la galette/saucisse ?

Mais comment font-ils pour tous me doubler ? Ils ont des piles dans les jambes ou quoi ?

Bon, je regarde vite fait derrière moi, voir si je ne suis pas la dernière.

Ouf, ça va. Il reste au moins 2000 personnes derrière.

Si ! Ca sent la galette saucisse ! Oh la vache, j’ai envie de vomir !

Kilomètre 8 : C’est marrant : mes jambes me disent « allez, arrête toi et marche pendant 5 minutes : c’est pas ça qui va te ralentir » et mon cerveau leur répond : « Non mais OH, ça ne va pas ? Tu crois que ta sœur, elle s’est arrêtée ? C’est une course, bordel ! Ne creuse pas l’écart et cours ! »

...

Non mais là, c'est une blague ! Ca fait plus d'un kilomètre là ! Ils le rallongent, c'est pas possible autrement !

Kilomètre 9 : Mes jambes ne se lèvent plus. Et si je faisais un malaise ?

J’ai tenu 9,5 km, c’est respectable, non ?

Non, faut pas abandonner. Pas maintenant. Tu le regretteras toute ta vie, cocotte ! Allez encore un tout petit effort !

(pleure)

Ca va, c’est pas la honte de pleurer. J’en chie.Et puis, c’est trop beau : je vois l’arrivée. J’ai réussi. Je suis allée au bout. Mon corps est capable de courir 10 bornes ! La classe !

Arrivée !   1h10 ?? Waouh pas mal pour une première fois !

Course +1 h : Non mais tu comprends, franchement, je suis trop fière d’être allée au bout. C’était assez easy, finalement. Tu te dépasses, ça fait un bien fou.

L’apéro ? J’arrive !

 

*Photos Masha Demianova et Brooke Di Donato