C’était vendredi soir. On vagabondait de bar en bar. On buvait de la bière un peu plus que de raison. On fêtait l’anniversaire de notre potasse. Le cœur léger. Depuis des années, j’aime le vendredi soir et le samedi soir car ils sont faits pour s’amuser, déconner, se retrouver.

 

Alpay Erdem pour Sony World Photography Awards

25 ans, peut-être mais je sais encore m'amuser...

Sauf que voilà, on n’a plus 15 ans. On en a 10 de plus. La première baffe, c’est quand nous sommes entrés dans la boîte de nuit pour finir la soirée et danser jusqu’à plus soif. Jadis de naguère, c’était nous les plus jeunes de la soirée. On avait même falsifié notre date de naissance sur notre carte de lycéen pour espérer entrer en boîte (et se la péter grave au bahut le lundi matin) et on buvait des monacos. Waouh trop grungy !

 

Ensuite, on est passé à la vodka orange avant que le Redbull ne fasse son malheur. Mais même cette époque de la vodka a fini par passé. Aujourd’hui, en boîte, on commande un verre de vin. Ok, on sort. 

Avant, quand il y avait des vieux (genre des trentenaires) qui arrivaient sur le dance floor, on se foutait ouvertement de leur gueule car ils n’étaient pas du tout à l’aise sur les musiques actuelles. Ils bougeait les jambes, les bras repliés mais immobiles et dodelinant légèrement de la tête pour se donner un air faussement cool. Ah oui, et ils bougeaient timidement les lèvres pour faire semblant de connaître les paroles. Aujourd’hui, c’est nous qu’on dévisage quand on s’essaye à trois/quatre pas sur du Myley Cyrus. Pourtant, à la fête de la Caro, la semaine passée, on avait fait sensation avec cette choré… Faut croire qu’en boîte, c’est différent.

 

Déjà, la moyenne d’âge de la boîte aurait dû nous faire fuir. Je me sentais comme une rose de pakistanais fanée à côté d’un bourgeon de tulipe, tu vois le genre ? Même ma robe, que j’avais mis trois heures à choisir et que j’avais acheté 2 mois auparavant à London city me semblait d’un coup terriblement ringarde. Attends, London city, steuplé ! Et puis toutes ces gamines, qui rentraient dans du 32 (et qui regardaient avec dégoût leur copine obèse qui faisait du 36),  les cheveux méga longs et lisses, perchées sur des talons de 12 cm bougeant leur luc sous les yeux ébahis des 3 puceaux boutonneux et bourrés de gel. C’est à peine si je n’ai pas dû porter un garçon pour qu’il puisse passer sa commande au bar, le barman ne le voyait pas. 

Purée, j’avais envie d’aller voir les minettes et de leur demander si, pour de vrai, leurs parents, savaient qu’elles étaient là. J’étais plus dans la déconne. Je me sentait presque responsable de tous ces minots envieux de rouler des patins au rythme des lumières d’ambiance.

 

Non, parce que pour avoir déjà croisé mon mini-frangin-plus-très-mini (va falloir se faire une raison) en soirée dans un bar, je peux te dire que ça doit te faire un drôle d’effet quand tu imagines que ton innocente gamine de 16 ans remue le popotin en collectivité comme un jet setteuse de Saint Trop' invitée sur le Axe Boat et lookée comme une star de télé réalité en CDI sur Nrj 12. 

Avons-nous fait ça, NOUS, à leur âge ? Au regard perplexe de ma potasse qui regardait la même nénette que moi, j’ai compris que oui. Pauvre jeunesse !

Richard Tuschman 2

Le lendemain, j'étais nue... et pensive.

Je vous passe BIEN SÛR, sur le moment fatidique où il a fallu se mettre à danser. Devant tous ces regards de jeunots. Alors, on a pris notre courage à deux mains (fallait quand même rentabiliser le vin rouge à 18 euros le verre)(on a peut-être 25 balais mais on est toujours aussi fauchés) et on a dansé. On a bougé nos jambes, les bras repliés mais immobiles et dodelinant légèrement de la tête pour nous donner un air faussement cool. Ah oui et on a bougé timidement nos lèves pour faire semblant de connaître les paroles. Nous nous sommes senti tellement « has been ». Cette expression à elle seule est has been. 


Et même si j'étais surprise du spectacle que m'offrait cette bande d'ados, j'étais envieuse. Envieuse de ce temps où on s'amusait sans réfléchir à la fatigue, où finalement, à part celle de ranger sa chambre, on n'a pas 36 000 contraintes, où on enchaînait les baby sittings pour se payer des coups le week-end, où on fêtait un 10 au DS de maths de M'sieur Gourdier sur du Guetta... Au final, ils ont encore toute la vie devant eux (genre, je suis retraitée, quoi !). C'était presque attendrissant.

 
J'avais envie de monter sur le podium, prendre le micro et leur crier : "Allez-y, éclatez-vous, un jour, vous payerez des impôts, vous vous sentirez adulte et vous aurez votre première ride !" Bon, je serais sûrement morte foudroyée sur le coup...

 

Une fois ruinés, nous sommes rentrés et avons tenu les cheveux de nos potasses en train de gerber dans la cuvette des chiottes. Rien ne change, au final ! 

Avant, on serait sorti, on aurait cherché encore un autre bar pour se sentir exister.

On aurait bu 3, 4, 5 ou 6 autres verres avant de rentrer.

A pieds.

A 15 kilomètres de là.

Au soleil levant.

On aurait fait une petite pause par le marché où les vendeurs commenceraient à s’installer.

« Un poulet rôti, siouplé ! »

Pour la route.

Vendredi, nous, nous avons estimé que 3 heures était, ma foi, une bonne heure pour aller se coucher dans l’espoir de « faire quelque chose de notre journée du lendemain ». 

Inutile de préciser que ce coup de vieux s’est achevé par une notre magistrale : il m’a fallu 24 heures pour que mon bide retrouve son état normal. Il a fallu 36 heures pour que je daigne ressortir de chez moi. Et dire qu’avant une nuit blanche en entraînait une autre…

Je suis fichue !

 

*Photo Alpay Erdem pour Sony World Photography Award et Richard Tuschman