Rachel Baran2

La semaine passée, c’était celle des Valentin. Actualité que j’ai volontairement laissé couler pour ne pas tomber dans la flopée de rabat-joies que recense la planète Terre. La Saint Valentin, une fête commerciale ? Comme la Chandeleur, la fête des grand-mères, Noël, la Toussaint, Pâques… Dites-vous bien que nous vivons dans une société de consommation et tant qu’il y aura de la vie, il y aura des prétextes pour faire vendre. 

Bref, je ne re-rentrerai pas dans ce débat futile parce que je vais finir par dire que « OK, on n’a pas besoin de la Saint Valentin pour célébrer son amour mais c’est vachement sympa d’avoir une fête dédiée à notre amour » mais comme ce n’est pas le sujet… 

Et je ne dirai pas non plus que la nana qui m’a juré sur la tête de sa mère qu’elle ne ferait pas la Saint Valentin avec son keum parce qu’elle trouve ça niais, et pas besoin, ils s’aiment au quotidien, tout-ça-tout-ça… Je l’ai vue dans ce petit resto italien vendredi en tête à tête avec un mec et il y avait une bougie sur la table. RIP sa maman.

 

Non, j’ai voulu laisser couler comme si ça ne m’atteignait pas, une fois de plus :

◆ …de passer cette fête seule,

◆ …de me demander qui je pourrais bien appeler ce soir–là pour sortir sans déranger un moment intime et passer pour le boulet social du coin,

◆…de prier le bon Dieu, à genoux devant mon pieu vide, les mains collées pour lui demander quand est-ce qu’il mettrait mon dossier en haut de la pile

◆ …et de me dire qu’il y a deux ans, j’aurais peut-être dû accepter la proposition de TF1 quand ils m’ont demandé de passer dans L’amour au prochain village. No comment. 

Faut le dire, j’ai passé la semaine à regarder des émissions débiles sur le célibat pensant peut-être trouver la clé de ma solitude pour l’enrayer alors qu’en réalité je n’y ai rien appris.

 

J’ai regardé les gens se compter au boulot pour savoir qui allait fêter cette fête des amoureux. Le doigt qui comptait est passé au-dessus de moi comme si, c’était évident, que je n’y aurais pas le droit. Fort heureusement, je n’étais pas la seule. Ca a fait baisser le taux de potentiels suicides de ma boîte d’un coup ! 

Je me suis donc mis à défendre le fait que célibataire ou non, j’avais le droit de la fêter cette fête commerciale (ouais, ouais, ce jour-là, je la trouvais commerciale) et que c’était pour moi l’occasion de courir les soirées de célibataires à la recherche d’un Valentin appelé Frédéric, José, Marc ou Mickaël. Je m’en fous ! Pas Steve, par contre. Svp. 

J’ai pleuré intérieurement (et dans mon lit toute la nuit) quand j’ai entendu un couple d’amis me raconter dans les moindres détails (croyez-moi : ils en ont épargné AUCUN) ce qu’ils avaient prévu de faire pour les vacances d’été. A l’instant T, je me suis projetée seule sur un rocher à Saint Malo et ce n’était pas beau à voir. 

Je suis à deux doigts de m’inscrire à L’amour est aveugle mais je crois que je n’ai pas les seins assez siliconés pour ça. Bref.

 

Peut-on me dire POURQUOI, oh oui POURQUOI, nous avons tous peur, fichtre, de finir seul(e) dans la vie ? 

La pression sociale y est pour quelque chose. Mais c’est aussi le fait de se transposer dans les images que nous renvoie la solitude :

 

☀ Quand j’entends une collègue de 60 ans me dire qu’elle ne voit jamais la fin du film et qu’elle s’endort toujours la bouche ouverte dans son fauteuil, ça me fait peur. 

☀ Quand ma grand-mère me demande si je compte me marier prochainement et que rien ne sort de ma bouche.

☀ Quand je demande à mes amis de me faire une intervention le jour où je porterai des gilets à rayures avec un tshirt à pois, des pantalons trop courts et des Mephisto. 

☀ Quand j’aurais un napperon sur un guéridon, quand j’aurais un guéridon tout court, quand je serai fan de fer forgé.

☀ Quand j’achèterai des chaussons.

☀ Quand chez moi, chaque jour, je partirai à la chasse aux microbes.

☀ Quand ma vie sera faite d’habitudes chiantissimes et que je vivrai par principe (ex au pif : je n’achète jamais sur Internet, il y a trop d’arnaques (genre de phrase qui me fait bondir) 

Enfin bref, voilà, une Saint Valentin sans Valentin, une de plus. La dernière ? Je ne préfère même pas me dire ça ! Et en attendant, on continue sa vie, ses sorties, ses amis…

Et toi, tu as fait quoi vendredi ? 

Edit : j’ai trouvé des tas d’amis prêts à sortir avec moi ce soir-là.

*Photo Rachel Baran