Cela faisait quelques jours que l’ambiance était électrique dans la société. La nouvelle s’était répandue à vitesse éclair à chaque coin de couloir. Le nouveau patron allait débarquer le mardi suivant. 

Même s’il n’y avait aucune raison de paniquer, on sentait que tout le monde s’était pris une décharge de 1000 V dans les dents. C’est vrai que, dans un climat économique un peu tendu, la nouveauté peut faire peur. On ne sait ce qu’il comptait faire de nous… 

Alors la fourmilière s’est agitée, tout devait être PAR-FAIT. Même la décoration avait été refaite. Suis juste un peu déçue qu’ils n’aient pas daigné la refaire quand moi je suis arrivée mais bon… 

Romain Laurent2

Bref, la consigne était d’arriver ce mardi avant 9 heures même s’il ne passerait pas avant 10h30 pour que tout le monde soit là quand Big Boss arriverait. Un big boss qui arrive dans des bureaux vides, c’est pas good vibes, tu vois. Pas un problème pour moi… 

Seulement, il y avait un problème. Je dors bien en ce moment. Et ça me gave. Vois-tu, je suis une insomniaque de nature. En temps normal, je mets 45 minutes pour m’endormir minimum les bons jours. Parfois, je peux tourner dans mon lit pendant 2-3 heures avant de m’endormir. Le matin, je suis toujours réveillée 5-10 minutes avant que mon réveil sonne. Sauf qu’en ce moment, je m’endors très vite et j’ai, parfois, encore le doigt sur l’interrupteur que je sombre déjà dans les méandres de la nuit. Et mes nuits sont géniales : paisibles, douces et cocooning. Sauf que le matin, c’est le réveil qui me réveille et je ne SUPPORTE pas ça ! Parce que, pour le coup, je suis dans un état de demi sommeil duquel je n’arrive pas à sortir. 

Alors, je repousse le moment du lever. Encore 5 minutes. Souviens-toi. 5 minutes + 5 minutes + 5 minutes + 5… = 1h30. Et hop, il était 8h30. Tu imagines bien que pour être à 9 heures au boulot en ayant 15-20 minutes de route selon la circulation, ça allait être compliqué ! 

J’ai sauté l’étape petit-déjeuner, ne pouvant sauter la case douche. Il y a des priorités dans la vie. Je prends donc ma petite douche, je m’habille. Bien sûr, je décide de mettre une jupe et les collants jamais portés, des collants encore raides que j’ai cafouillés à enfilé tellement ils n’étaient pas souples. Je t’évite le moment contorsion sur le lit pour pouvoir les enfiler correctement. C’est donc serrée dans mes collants et sans pouvoir respirerque je file dans la salle de bains pour l’étape maquillage (étape qui, soit dit en passant, ne pouvait être évincée). En marchant, je sentais que quelque chose clochait sur ma tête. Ca se sent ces trucs-là. Surtout quand tu as les cheveux courts. Le miroir n’a pas nié : j’avais 1, 2, 3 , 4… 6 épis sur la chetron. La joie des cheveux courts !Faut dire, se laver les veuch la veille au soir après le sport, ce n'était pas ce qu'il y avait de plus malin. J’ai donc cherché quelques excuses pour ne pas y aller PARCE QUE c’était impossible de partir avec cette tête. 

-       Ma Grand-Mère est morte. Non, je ne peux pas lui faire ça à la grand-mère

-       J’ai la gastro.  Non, déjà fait la semaine passée.

-       Mon fils est malade. Dois-je vraiment expliquer pourquoi ça ne passe pas ? 

Paula, il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions. Seulement, dans la panique, les solutions sont parfois extrêmes et je décide de tenter le tout pour le tout : enfiler un bonnet et ne plus le quitter avant d’être arrivée au boulot. 

Mais ce n’est pas fini. Il y a des matins comme ça, où rien ne va comme il devrait… 8h50, je prends la route.  Arrivée à 500 mètres de ma sortie d’autoroute et alors que je double une série de camions, le type devant moi a eu une soudaine envie de ralentir et donc… de me faire rater ma sortie. No panic ! De toute façon, à la bourre pour à la bourre… Bref, j’arrive donc à 9h10 en sueur, en courant au boulot sur mes talons de 10 cm, la jupe qui remonte, les cheveux sans épis mais électriques à souhait à cause du bonnet. Au top de la glamtitude pour rencontrer ce nouveau patron, en somme ! M’en tape parce qu’au final, je n’étais pas la dernière arrivée ! 

1 heure après, le nouveau patron est passé dans les bureaux. On m’a présenté. Je lui ai serré la main. J’ai souri comme une pimbêche et avec mon plus bel accent anglais (c’est un british), je lui ai dit : 

«  Hello Sir, do you know Peter ? Nice to meet you !» 

Ca m’a crevée. 

Ce soir là, j'ai bien dormi. Encore !

*Photo Romain Laurent