Shota Tsukamoto

A l’heure où j’écris ce billet, il est 9h18. 
Je suis à mon poste et il a osé.

Il est entré dans le bureau, guilleret (honnêtement, que l’on me dise COMMENT peut-on être si joyeux le matin en arrivant au bureau ?) et a lâché, comme s’il était le directeur de la société :

 

« Bonjour, vous pouvez rester assis. » 

Ai-je vraiment la foi de rire à ce genre de phrases ? Qui plus est le matin ? 

Je crois que le genre de blagounettes que l’on subit sur notre lieu de travail devrait, d’office, nous donner droit à 3 CP en plus, histoire de ne pas partir en décapitation nerveuse. Celle que je supporte le moins est la réponse à quelqu’un qui rentre dans le bureau et s’exclame « Salut tout le monde ! » :

 

« Salut toute seule ! » 

D’ailleurs, dans le livre Je dis ça, je dis rien, et 200 autres expressions insupportables d’Adèle Bréau, nous avons le droit à la petite analyse de la fameuse : 

« On ne peut pas dire que ce tic lourdaud de la machine à café date d’hier et pourtant, même en 2013, vous trouverez toujours un glousseur à chemisette synthétique pour vous sortir ce qu’il imagine être une trouvaille. Alors que, gentiment, vous lancerez à la cantonade dans l’open-space un innocent « salut tout le monde », l’assaillant répliquera, déjà ravi, le fameux et indéboulonnable « salut toute seule ». Se passe de commentaire. » 

Mais le fameux « glousseur à chemisette synthétique » ne s’arrête pas là, il ne mériterait pas sa réputation de grand rigolo autrement. Ainsi, prononcez son prénom dans la pièce et s’empressera de répondre le plus naturellement possible, un sourire narquois au bord des lèvres : 

« Que se pastis ? » 

Si dans la zone artisanale où nous travaillons la circulation est dense, c’est sûrement grâce au flot de camions au quotidien. Ces camions qui alimentent d’ailleurs ce réseau de blagues pas drôles. Ainsi, un coup de klaxon dehors et le serial marrant prononcera dans le bureau un « J’arrriiivvvee » des moins hilarants. 

Cela nous arrive tous de douter dans notre travail. Surtout le petit rigolo qui l’avoue sans complexe : « Le doute m’habite, à ne pas confondre ».  Hilarité générale et je ne comprends toujours pas pourquoi. Remarque, Etteilla a aussi ses relous de bureau qui lui rétorquent « Bah fais un prout ! » quand elle demande « Dis moi, j’ai un doute… ». 

J’ai failli oublier une bonne (??) blague adorée par mes collègues. Merci Mona et Surletagère de m’y avoir fait penser : 

« Comment ça va ?

-       Comme un lundi ! » 

Déclinable avec « Comme un vendredi » chez moi. Vous connaissez sans doute ma passion pour les lundis matin où je ne suis guère loquace. Je peux vous dire que cette vanne de début de semaine participe amplement à mon exaspération de la journée. 

Enfin, je rejoins Mlle Cactus sur une blague que me font aussi mes collègues parfois. En nous croisant, quand ils passent derrière nous, ils prennent leur voix la plus sexy en nous disant un « booonnnssssoooiiirrr » langoureux. Si cela a le don de détraquer les hormones de Mlle Cactus qui y fonde beaucoup d’espoir, pour ma part, j’ai plutôt envie de me mettre deux doigts au fond de la gorge.

 

Nous lourdauds de service ont dû faire la même école. Cela ne fait nul doute. 

D’ailleurs, cette crispation de l’humour peut parfois se traduire en une aversion physique. Maman Doudouce en fait l’expérience avec un de ses collègues qui lui coupe la parole à tout bout de champ en changeant de sujet, qui boit du coca dès 8 heures du matin et qui a un look qui… lui est propre. Je l’admets, ledit collègue fait ce qu’il veut mais quand on cohabite 8 heures par jour dans une même pièce, il y a des détails qui agacent. Tu vois, moi, c’est bête mais Mumu, elle se tartine, chaque matin, avant même d’allumer son poste, les mains de crème hydratante et, comment dire, ça fait un bruit atroce. Comme si elle avait deux pierres ponce à la place des paluches. Ne peut-elle pas le faire chez elle entre le petit déj’ et le coup de brosse à dents. PAR EXEMPLE.  Je décerne la palme de l’horreur à By Noemie qui a une collègue qui se coupe les ongles au bureau. WTF. J’ai déjà du mal quand une copine décide de le faire chez moi alors je ne pense pas que le bureau soit un endroit approprié DU TOUT. 

Et puis, il n’y a pas que les blagues qui deviennent urticantes, les petites réflexions aussi. Tu sais du genre : « Ce n’est peut-être pas la coupe de la chemise qui ne va pas mais c’est peut-être toi qui est mal foutue »  ou, comme le soumet La Belle Bleue « Ca ne te manque pas de vivre seule ? » ou « Tu ne songes pas à aller chez le coiffeur ? ». 

On n’oublie pas d’ailleurs Evelyne Dhéliat (surnom que nous avons mis du temps à trouver) qui, à chaque fois qu’elle rentre dans le bureau, nous fait un commentaire sur la météo : « Bonjour tout le monde –Salut toute seule- Dis donc, il fait froid ce matin ! », « Et bien, qu’est-ce qu’il pleut dehors ! » ou encore « On est mieux à l’intérieur : ils prévoient de la neige ! ». Merci pour ces commentaires forts utiles, ma foi. Il n’y a pas d’ascenseur dans la boîte alors les conversations de ce type, elles ne sont pas hyper utiles, vois-tu. 

Pompon met aussi le doigt sur une pratique courante : le redondant persévérant. Chaque jour de chaque semaine de chaque mois de chaque année, il te posera inlassablement la même question : « Tu déj’ ? » alors que la réponse reste inchangée de jour en jour, de semaine en semaine… Bon on a compris, Paula, je crois. Les miens me demandent au quotidien « Bien dormi ? ». Hummm, en quoi ça te regarde ? 

C’est sûr, on ne choisit pas sa famille… Ni ses collègues, d’ailleurs! Heureusement que, parfois, ils ramènent des croissants, sinon je ne sais pas comment je ferais pour les supporter. Oh ça va, je déconne… C’est de l’humour !

 

Et toi, des blagues insupportables dans ton bureau ?

*Photo Shota Tsukamoto