Un jour, ma sœur, cette philosophe, m’a dit :

« Paula, dans un groupe, il y a toujours un relou. Si tu n’en trouves pas, c’est que c’est toi la relou. »

Depuis, j’y songe à chaque fois que je suis dans un groupe. Parfois, je me force même à trouver les gens relous pour ne pas être désignée comme la relou de service : 

« Trop relou ! La meuf finit toutes ses phrases par « quoi » »

 « Trop relou ! Le gars se touche les boules non stop ! »

 « Trop relou ! Il a des chaussures vertes ! »

 

Bon OK, parfois, c’est totalement subjectif ! 

Nick Stern3

Au boulot, je me dis que je dois être ‘achement appréciée parce que je trouve beaucoup de mes collègues relous et pas pour des histoires de chaussures, croyez-moi. Les joies de l’open space, me direz-vous. Ils ont beau être sympa en général, il y a des fois où ils me courent sur le haricot (expression bannie depuis 1764, ressortie dans ce billet par devoir de mémoire). 

Mumu, elle m’agace avec sa voix de crécelle et ses propos racistes, homophobes et antijeunes. Son voisin, il parle de bouffe dès 9h30 et pendant toute la journée. La fille en face radote beaucoup. La fille en intérim qui ne communique qu’en râlant. Le mec dans le coin là bas, il ne veut pas comprendre qu’il y a des jours, où tu n’as pas forcément envie de fanfaronner. La fille devant lui n’a aucune considération pour le travail des autres. Mon voisin de bureau manque cruellement d’ambition. Ne parlons pas de lui, le roi de la blagounette : celui qui répond « Salut toute seule » quand on entre dans le bureau en disant « Salut tout le monde » ou qui répond « Que se Pastis ? » quand tu l’appelles. Et la fille à droite a toujours raison sur tous les sujets : météo, politique, mécanique, informatique. Une belle brochette de relous quand ils décident de tous s’y mettre en même temps. 

Aujourd’hui, je viens à me dire qu’en fait, si ça se trouve, à leurs yeux, c’est moi la relou de service : 

Ils ne doivent pas aimer quand je les contredis toujours dans leurs théories foireuses. 

Je dois les énerver quand je ne sors pas un mot le lundi matin (et les autres matins de la semaine, d’ailleurs). 

Ils doivent m’en vouloir de toujours vouloir les convaincre que ça peut être bien pour eux : « Une formation, tu parles, c’est génial ! », « Attends, un chèque cadeau, c’est toujours mieux que rien ! », « Tu devrais te réjouir de pouvoir partir si tôt, c’est pas comme ça partout… » 

Ils ne doivent pas comprendre pourquoi je ne ramène pas des bonbons à chaque fois que je vais faire des courses entre midi et deux. 

Ils doivent se mordre les doigts quand je décide de ne plus leur parler tellement ils m’agacent. 

Cela les énerve sûrement quand je ne veux pas partager mon KitKat en 18 quand j’ai un petit creux. Problème résolu depuis que je ne mange plus de KitKat. 

Ca doit leur taper sur le système quand je mets des talons qui font du bruit quand je marche. 

Mais ça doit vraiment les agacer quand ils réalisent que j’ai toujours raison.

 

Et toi, pourquoi penses-tu énerver tes collaborateurs ?

*Photo Nick Stern