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« Dis-moi Paula, tu n’aurais pas un livre à me conseiller, par hasard ? » 

Et merde ! 

Nous sommes devant ma bibliothèque. Le quémandeur regarde mes étagères par centaines recouvertes de livres par milliers. Il est trop tard pour sortir une excuse : 

« Euh… Des livres, moi ? Tu sais, ce n’est pas vraiment mon truc… »

 

« Prends un Musso : tu vas braire et tu seras contente ! »

 

« J’ai le dictionnaire de la rime en 4 volumes, si tu veux. » 

J’ai appris sur Facebook la fois passée que quand tu prêtais un livre, il était rare que tu en revoies la couleur. Alors j’ai fait le compte : il y a 18 livres à moi qui sont en circulation dans la nature ou entre les mains de 6 personnes différentes. 

Le problème, ce n’est pas tant la valeur marchande de l’objet puisque les livres me sont souvent offerts par une tierce personne ou par un éditeur agréable. Le VRAI problème, c’est que je suis très attachée aux bouquins que je lis. Même les daubes. 

C’est vrai, quoi ! Un bouquin, c’est une aventure, c’est rentrer dans une histoire, faire la connaissance de personnages. 

« Coucou, c’est Paula, je fais juste un saut dans votre vie et je ressors ! » 

Une fois avoir vécu ces aventures, le bouquin rejoint le Saint Graal de l’étagère, celle des livres lus. C’est un honneur, croyez-moi que de séjourner sur cette étagère. Molière côtoie De Rosnay, Foenkinos fricote avec Ledig et Harlan Coben tente d’effrayer Douglas Kennedy. Je me sens bien de savoir que le livre est sur l’étagère.

 Je ne relirai sans doute jamais ces bouquins. Je ne suis pas de ceux qui lisent et relisent inlassablement leurs romans préférés. Je préfère en garder un souvenir impérissable. Ils ne serviront donc franchement à rien du tout. 

A la fameuse question : 

« Dis-moi Paula, tu n’aurais pas un livre à me conseiller, par hasard ? » 

Je suis donc d’abord flattée de pouvoir aiguiller les gens sur une lecture ou une autre. Et je suis d’autant plus flattée quand on m’interpelle pour me dire que j’avais raison, ce livre était formidable. 

Alors, je conseille, je m’emballe, je raconte. Et je dois prêter. 

« Tu es sûre que tu ne veux pas te l’acheter ? Réfléchis, ça peut être vachement cool :
tu aurais ce livre, à toi, pour toi, pour TOUTE la vie. Tu rends compte ? »
 

C’est toujours un déchirement d’enlever un livre à sa famille de l’étagère. Soit. Le livre vit sa vie. Il a trouvé d’autres yeux qui lui prêteront grâce. C’est un peu le cycle normal d’un livre. 

Sans doute aurais-je moins de mal à me séparer de mes livres si j’étais sûre que cela était provisoire. Si je savais qu’on allait me le rendre. Mais il paraît que les gens rendent peu les livres. Et ça me fend le cœur. 

Sauf que. Un livre, pour moi, c’est sacré. Je suis attachée à l’objet. Je regarde souvent longuement la première de couverture. Je fais tourner les pages à vive allure à l’aide de mon pouce et en tordant légèrement le livre. Je sens l’odeur du papier. Et puis, je m’immerge dans la lecture. C’est intimiste la lecture. On est la seule personne à découvrir ce monde. On n’est pas obligé de le partager comme un film. C’est vrai, on lit rarement un livre à 3 en même temps ou alors faudra m’expliquer comment on fait parce que j’ai du mal à imaginer… 

Je sais que sur mes plusieurs prêts, il y a quelques personnes de confiance. Je sais lesquels je reverrai. Et ceux que je peux oublier. Vous savez le pire dans tout ça ? C’est que moi non plus je n’aime pas rendre un livre quand on me le prête.

 

Et vous, vous êtes attachés aux choses comme ça ?