Stefan Sagmeister et à Jessica Walsh4

 

Exister au boulot ? Oui, mais sans venir toute nue, uniquement vêtue d’un boa à plumes roses. Si possible. Oui, parce que sinon, je te le dis, tu vas vite te sentir exister.  

Alors comment faire pour se faire une place au boulot ?
Comment faire pour ne pas être confondu avec le placard à fournitures ?
Comment faire pour se faire respecter ?

Sans être obligé de devoir faire le café tous les jours,
d’être encore de corvée de produit vaisselle
et te faire appeler systématiquement quand la photocopieuse déconne. 

Du haut de ma grande carrière (6 ans) (oui, j’ai 25 ans, et alors ?), j’ai déjà pu constater les enjeux du respect d’entreprise. Je ne vous cache pas que je suis tombée dans quelques pièges. Peut-être arriverai-je à vous éviter de tomber dedans. La tête la première. La bouche ouverte. 

Je suis arrivée toute jeune dans ma boîte. Je me souviens, ce jour là, il pleuvait (fait rarissime dans ma région). Ce matin-là, j'avais mangé des Smacks. j'avais enfilé ma nouvelle veste de costar dans l'espoir d'enfiler une dose de crédibilité. A mon âge c'était important. En arrivant, c’était trop impressionnant de voir tous ces gens que je finirais par connaître par cœur qui avaient déjà tant d’affinités entre eux, qui avaient déjà leurs habitudes et leur territoire. Tous me dévisageaient.

Premier conseil, donc : ne jamais empiéter sur le territoire de quelqu’un. Tu as  le plus petit bureau, c’est tout : on ne va pas en faire une maladie ! De toute façon, à part le pot à crayons en pâte à sel offert par le frangin (cimer, au passage), tu n’as pas grand chose à y ranger. Les dossiers, ça arrivera plus tard. Tu es arrivée la dernière, tu as le petit bureau. Cela changera à la prochaine embauche, ne t’en fais pas. Même si, en attendant, on pourrait méprendre le petit stagiaire pour le big boss à côté de toi. N’empêche, tu as quand même de la chance. On a pensé à toi. Tu as une agrafeuse, un dévidoir à ruban adhésif, une calculatrice et un bic 4 couleurs. Ils ne sont pas de prime fraîcheur, OK mais ils sont bien dans ton tiroir. Ce sont les tiens. Tu te sens aussi fière que lors d'une première acquisition immobilière. On sent qu’ils ont du vécu. C’est vintage et ça, tout le monde ne peut pas en dire autant de son matériel. 

Ce même petit bureau a aussi l’inconvénient d’être dos à la porte. Traduisons : quand on entre dans le bureau, tout le monde peut voir si tu travailles ou si tu zones chez Zalando assures une veille concurrentielle féroce. Bref, faut savoir prendre son mal en patience. 

Pendant la première matinée, tu es dans ton coin. Tu n’étales pas encore ta life aux oreilles tendues de tous ces badauds. Et pour leur dire, quoi ? On s’est à peine dit bonjour ce matin ! Tu vois, si je fais la rigolote de service sur la blogo, je suis quand même de nature réservée de prime abord. Qui l’eut cru ? Alors le petit bureau, de dos à l’entrée et près des chiottes, je le prends sans broncher ! 

Arrive midi. C’est comme à l’école : comme si on avait sonné une cloche imaginaire. Tout le monde s’éparpille. Il y a ceux qui mangent sur place et qui descendent ensemble, ceux qui rentrent chez eux et ceux qui vont à la cantine. Personne ne te propose de te joindre à eux. Tu ne sais même pas où est le réfectoire. Pas grave, tu as un ‘dwich jambon/cornichons et le dernier Cosmo dans ton sac. Demain, tu te renseigneras et essaieras de copiner à l’heure du déj’. 

Le lendemain, tu copines avec tes collaborateurs. Tu sens bien qu’il y en a qui ont la confiance.

« Tu verras, ici, on n’est pas si mal ! »

Il y en a déjà qui essayent de placer quelques bruits de couloir sur des personnes que tu n’as jamais vues, il y en a déjà qui tentent de te mettre dans leur poche… Et oui, déjà ! L'entreprise ce monde cruel semblable à l'école où il y a des bandes. Les néo trentenaires qui parlent couches et ambitions, les comptables qui causent chiffres (très peu pour moi) et les autres qui putassent comme partout. 

Revenons-en au premier jour. Après le déjeuner, on te confie un dossier. Tu sens que la facilité du sujet est presque un deuxième test d'emabuche mais bon, faut faire ses preuves, non ? Le soir, arrive. C'est bientôt Noël. La directrice de service propose une coupe de champagne pour s'entraîner pour les fêtes. C'est plutôt sympa par ici. Non merci, pas une deuxième après je risque de regretter tout ce qui va sortir de ma bouche...

 

17h30, l’heure légale pour débaucher. La ponctualité de fin de journée m’amuse. A 17h28, tes collègues ont déjà tous leur anorak sur les épaules, prêts à pointer et rentrer chez eux. Tu boucles ton premier dossier. Tu éteins ton poste. Tu  rentres chez toi, lessivée, par tant de nouveautés. Et tu souris, parce que, tu es dans la vie active. Tu es une working-girl.

 

A suivre…

 

Et toi, c’était comment ta première journée ?

*Photo Stefan Sagmeister et Jessica Walsh