Marko Manev2

 

Mes parents se sont faits cambrioler. Ils étaient au boulot. Ma mère est rentrée le midi et a trouvé la porte du jardin fracturée et tous les tiroirs et placards de la maison ouverts. Aucun saccage. Juste tout retourné. Visiblement, ils n’ont rien pris. Pas les tablettes, pas la télé, pas les ordinateurs. Ils sont repartis avec… 10 euros ! Waouh ! L’argent de poche du petit frère en somme. Bon, entre nous, on sait tous qu’ils cherchaient de l’or ou de l’argent. C’est pour mieux le revendre, mon enfant ! 

Maigre butin ou pas, le résultat est le même pour moi ! CA FAIT FROID DANS LE DOS ! 

Me dire que des intrus se sont introduits dans la maison où j’ai grandi sans que l’on ne les ait invités à entrer, qu’ils se soient permis de fouiller notre intimité, notre histoire et de se dire « Tiens, ça, c’est pas mal : je le mets dans ma poche ! », ça me rend malade. 

Ils auraient très bien pu dérober des affaires chères à notre cœur. Je ne sais pas moi et si on avait eu la bague de la grand-mère chez nous. Si c’était la seule chose qui nous restait d’elle. S’ils avaient cassé des trucs, je ne sais pas moi : les peintures des ancêtres. Je me dis que c’est atroce de se faire arracher des morceaux de notre vie chez nous, dans notre propre domicile. On ne vole pas la vie des gens comme ça. Ca m’écoeure ! Comment peut-on faire ça ? 

Je me dis que mon petit frère aurait pu être là, ils auraient pu être violents. Et si ma mère était rentrée à l’improviste du boulot pour une raison X ou Y, qu’avec sa tête de mule elle était rentrée dans le lard et que les méchants étaient devenus féroces, hein ? Et si quand mes parents sont partis en vacances cet été, quand je suis venue dormir plusieurs fois à la maison, ils étaient venus en pensant être tranquilles, que serais-je devenue ? 

Ouais, ça me fout les chocottes, grave ! Quand ma mère m’a raconté tout ça, j’étais fébrile. J’ai eu la nausée. Bon, c’est vrai que je ressens beaucoup trop les choses. Je les vis. Un décès ? J’ai les tripes en vrac. Un stress ? Une heure aux chiottes. Une bonne nouvelle ? Je danse toute la journée. Je ne sais pas prendre du recul. 

Bref, je suis consternée. Pourtant, ça aurait pu être pire. 

Je ne sais pas si tu te souviens mais je me suis déjà retrouvée nez à nez avec des voleurs.

A l’époque, j’avais un petit appartement avec terrasse. Un soir, après un verre avec des amis, je rentrais chez moi. Je composais le code de l’entrée et me précipitai pour me mettre au chaud. Je décidais d’aller fumer une cigarette sur ma terrasse. Je lisais en même temps (optimisation du temps libre). Au bout de la terrasse, il y avait une barrière où les résidents de l’immeuble avaient l’habitude d’attacher leur vélo. Tranquille sur ma terrasse, j’apercevais quelqu’un qui venait prendre un vélo. Nouvelle dans l’immeuble, j’ai pensé que c’était un voisin. Je lui ai donc dit « Bonsoir ». En souriant. Il s’est figé. M’a regardé dans le noir. Et je l’ai vu tourner la tête vers quelqu’un que je ne voyais pas et dire « Merde, il y a une meuf ! ». 

Ni une, ni deux, j’ai compris qu’il s’agissait de dérobeurs. Et pourtant je n’ai pas fait Sciences Po ! J’ai jeté la clope, j’ai fermé le livre et je me suis barricadée à l’intérieur. Et pas seulement dans mon appart. Dans ma salle de bains. Prise par la peur, je me suis vidée. Ensuite, j’ai réfléchi. 

Que faire ? Les malfrats m’avaient vue. Ils n’avaient qu’à franchir la barrière, péter la vitre, entrer chez moi et me tuer. Hollywood, bonjour !

Appeler les flics ? Le concierge ? Je ne savais pas, j’étais tétanisée. Je me disais que c’était de ma faute. Ils avaient dû profiter de l’ouverture de la porte quand je suis rentrée dans l’immeuble pour pénétrer dans la cour. 

Je passais une tête par la porte de la salle de bains et m’apercevais qu’ils n’étaient pas chez moi. Je regardais par le judas s’ils étaient toujours dans l’immeuble. Le piège s’était refermé sur eux : ces babaches de voleurs étaient rentrés mais n’avaient pas imaginé que, s’il fallait un code pour rentrer dans l’immeuble, il en fallait un pour sortir. La porte, du genre forteresse, faisait au moins 4 mètres de haut et ne cédait pas sous leurs coups de pieds. Les deux gars s’énervaient de plus en plus. Je suis étonnée que personne d’autre que moi n’aient entendu leur manège. 

J’avais peur. Je me disais qu’ils allaient perdre patience et qu’ils allaient finir par s’en prendre à celle qui avait tout vu : MOI. Du coup, j’ai appuyé sur le bouton de l’interphone pour ouvrir la porte, les laisser s’enfuir avec les deux vélos. 

Je suis sans doute lâche à vos yeux. Mais c’est l’une des pires partie de chtouilles que j’ai eu dans ma life. J’avais beau fouillé mes poche, je n’avais aucun courage sur moi. Voilà, si jamais celui qui s’est fait piqué son vélo me lit, je m’en excuse platement. C’est un peu ma faute. Mais le bon côté des choses, c’est que je suis en vie. Non ? 

Bref, j’ai dit « Bonsoir » à un cambrioleur. 

Et toi, des histoires de cambriolage ?

*Photo Marki Manev