Anya Gallaccio

 

Quand on s’est rencontré, toi et moi, j’étais toute excitée. Il faut dire que j’ai vu TOUT DE SUITE que tu avais un sacré potentiel et que tu allais pouvoir m’être utile. Ca peut paraître un peu manipulateur de dire que j’allais profiter de toi de la sorte mais ça témoigne aussi une grande reconnaissance, non ? Pas un jour ne se passait sans que tu m’indiques ma route, que tu me donnes des nouvelles de mes amis, que tu me divertisses, que tu m’annonces des bonnes comme des mauvaises nouvelles… Un allié de choc, en somme ! C’est bien simple, j’avais l’impression qu’une bonne partie de ma vie passait par toi, dépendait de toi.

Tes courbes élégantes n’avaient de cesse de me séduire. Tout le monde disait de toi que tu étais élégant. On m’enviait presque.

Très vite, au bout d’un mois de relation, tu as mis une fissure entre nous. Je ne comprends toujours pas comment ça a pu arriver.

Je t’ai acheté des petites fringues sympa. Pour te rendre encore plus fun et pour te protéger aussi. C’est  vrai que ce n’est pas marrant tous les jours de se trimballer à poil. Bien sûr, tu as perdu la première, tu as craqué la seconde et tu as boudé la troisième.

Je t’ai toujours emmené partout. Une fois, UNE SEULE FOIS, tu as échappé à ma surveillance, je t’ai oublié. Dis toi, j’ai fait DEMI TOUR pour toi, je suis revenue te chercher. Au risque d’être en retard. Pour toi, j’aurais pu perdre mon boulot, tu entends ? Tu étais là, sur le lit. Tu n’attendais que moi. Et c’est comme ça que tu me remercies ? J’ai les boules à la gorge, sincèrement.

Je revois encore le jour où tu es arrivé en même temps que le facteur. Si fin, si classe, si tendance… A chaque fois à tes côtés, je n’avais qu’une crainte : que tu m’échappes. Et voilà, c’est fini. Notre relation aura duré un an. Un an seulement. On s’était pourtant mis d’accord sur deux.

Je ne sais pas si je me relèverais de cette épreuve. Si j’en trouverais un à la hauteur de tes capacités, prêt à prendre mon cœur comme tu l’as fait. Je ne veux plus de relations qui fassent souffrir, tu comprends, J’ai besoin d’une épaule solide sur laquelle m’appuyer. Qui ne rompt pas au moindre choc. Je ne peux pas m’amuser à changer de partenaire en permanence. Tu imagines la girouette, toi ?

Je suis encore émue quand je repense à ce jour tragique. Je faisais la vaisselle. Tu chantais derrière moi. Je t’ai attrapé pour une étreinte communicative, le robinet coulait encore. Tu as chu. Sous l’eau.  Ne dis pas que c’est ma faute, que c’est mon éternelle maladresse, que c’était volontaire. C’est trop facile ! Je n’ai pas hésité UN SEUL INSTANT. Je suis venue te secourir, je me suis mouillée la chemise et j’ai même pratiqué les premiers soins. Tu étais en arrêt cardiaque mais j’ai veillé sur toi nuit et jour, je t’ai méticuleusement séché avec une serviette éponge. On t’a réanimé. Tu avais des séquelles. Et pas des moindres. Tu te mettais à chanter à tout moment et sans aucune raison, ni aucune sollicitation. On va mettre ça sur le compte de l’angoisse. Et puis à chaque fois que tu étais en contact avec mes copines, tout de suite après, c’était le silence radio, tu dormais carrément. Tu m’ignorais. Je devais ruser pour retrouver ton allure fière.

Alors oui, petit téléphone, tu vas ENORMEMENT me manquer. Je ne sais pas bien ce que je vais devenir sans toi. Je n’imagine pas encore d’avenir. Je me sens déboussolée et horriblement seule. Tu peux partir en paix. Je ne veux plus que tu souffres à cause de moi. Je t’ai fait trop de mal visiblement.

J’espère juste que tu as des frères ou des cousins qui pourront m’aider à tourner la page…

Bisous. Téléphone rouge, comme on dit chez toi.

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*Photo Anya Gallaccio