Certains d’entre vous le savent déjà. J’avais déjà écrit un billet là-dessus sur un ancien blog mais bon, vu qu’il est parti dans le grenier de la blogosphère, je me dis que j’ai le droit d’en reparler. 

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La hantise d’un bruit, ça s’appelle la misophonie.

On peut détester entendre le bruit des couverts contre les dents, on peut haïr le bruit du feutre qui crisse sur le papier ou encore pester à chaque fois que le carillon se déclenche à cause du vent. 

Je déteste ces bruits là mais le pire à mes yeux, ça reste les bruits de bouche

La misophonie, ce n’est pas ne pas aimer un son comme on n’aime pas les épinards, par exemple. La misophonie, c’est se sentir agressé par un son. C’est avoir envie d’appuyer sur le bouton off des oreilles pour ne plus jamais entendre un tel son, c’est avoir les épaules qui se crispent, c’est avoir envie de se mettre à hurler et de taper les acteurs de telles atrocités. Tu sais, tu peux devenir aussi hystérique que quand on te fait des chatouilles sans s’arrêter ou qu’on répète tout ce que tu dis pendant 30 minutes. Tu finis par péter un câble. 

Je ne compte plus les fois où je change de place au cinéma quand un type avec du pop corn s’installe à moins de 4 places de moi, où les gens qui mangent bruyamment à côté de moi quand je conduis (énervement assuré) ou encore les mastications énervées de chewing-gum de ma chef dont le bureau se trouve quand même à 10 mètres du mien. 

Ca a longtemps été le sujet de fortes disputes à la maison avec mes parents quand j’étais ado. Je leur demandais toutes les cinq minutes de manger moins fort. Faut dire mon frère avait une propension à se jeter sur la bouffe assez désagréable. A tel point que j’ai demandé à la Madre d’arrêter de faire des croûtons, d’acheter des pommes et de faire en sorte que la pâte des pizza soit moelleuse et pas croustillante. Ridicule quand on y pense ! 

Ma mère finissait toujours par crier, moi par pleurer, mon frère par lécher son assiette goulûment. Elle disait que si ça continuait, j’allais manger toute seule. Et moi je disais que je n’attendais que ça. Manger dans le calme, vous dites ? 

C’est un vrai problème en société, parce que je ne peux évidemment pas demander aux gens de mâcher moins fort. 

Je demande néanmoins de manger la bouche fermée. Le minimum syndical quand même ! Ca peut paraître bizarre mais vous sous-estimez sans doute le nombre de personnes qui mangent la bouge GRANDE OUVERTE. Bordel, tu as cinq ans ou quoi ? Désolée, ça me reprend !

Martin Klimas

Lors du billet où j’en avais parlé, j’avais pu constater que vous étiez énormément à subir également la misophonie. D’un côté, ça me rassure. D’un autre, j’imagine un repas où l’on réunirait tous les misophones de bruits de bouche du monde et où les gens finiraient tous par se taper sur la gueule des uns des autres. Cette idée me plaît de plus en plus. Au moins, on se défoulerait ! 

Depuis, l’adolescence, je résiste, je prends sur moi pour être moins exécrable  avec ceux qui partagent ma table mais ce n’est pas toujours évident. 

J’ai le souvenir à la fac, d’avoir fait un dossier à côté d’une pote qui a mangé des galettes de riz soufflé toute l’après-midi avec une mâchoire qui craque. A la fin de l’après-midi, je me souviens que je tapais avec violence sur les touches de mon clavier, que je lui disais « dis donc tu as faim ! » en espérant qu’elle s’arrête (idée totalement UTOPIQUE) et que quand je voulais réfléchir, je mettais ma main sur l’oreille du côté où se trouvait ma pote. 

Il y a aussi cette copine qui, au contraire, trouve que le plaisir de manger est aussi dans le bruit que l’on fait. Autant vous dire que je ne déjeune pas beaucoup avec elle ! Ou alors en musique ! 

Et il y a celle qui me remercie quand je dis à son mec de manger la bouche fermée mais qui mâche des chewing-gums de façon horripilante. Je me suis promis de lui signaler la prochaine fois car je ne savoure plus les moments passés avec elle quand elle mâchouille. Oui, c’est à ce point là. 

Bon, la liste est longue. Je ne vais pas la faire parce qu’on n’aurait pas fini et ce ne serait pas très intéressant au final. 

Il faut dire, il y  a des champions de la mastication qui sont capables de faire un bruit de tracto pelle avec leur mâchoire, qui ont une broyeuse à la place des dents… Je ne sais même pas comment ils font. Je n’ai pas l’impression de faire autant de bruit quand je mange. Il me semble que c’est un problème de concentration. Quand tu prêtes attention à ce qu’il y a dans ta bouche, tes pensées ne sont pas ailleurs, tu manges plus calmement. 

Alors, s’il te plaît, quand tu manges avec quelqu’un, rappelle-toi de ce billet et ferme la bouche, ne rajoute pas des bruits de mastication. Pense aux gens qui t’entourent : il y en a peut-être un parmi eux qui passe un sale moment parce qu’il souffre de tes bruits de bouche et qui n’ose pas te le dire.

Et toi, il y a des sons que tu ne supportent pas ?

*Photo Martin Klimas